Le personnage :
Son histoire
On m’appelle Casse-Cailloux, et ce nom point ne me déplaist, car il dit bien ce que font mes mains. Je fus né en la cense de Spontin, sur les terres de mes ayeuls, et là je vis encore, en la compagnie de ma bonne dame Ysangrine, douce en paroles mais fort de caractère, telle une meule cachant le feu sous la farine. Nous eûmes une fille, Dieu la garde, qui quitta nostre toit pour mener sa vie au-delà des haies et des bois.
Depuis que je fus en âge de porter la faux et de guider l’araire en sillon droit, je me donne au champ, suivant le cours des saisons, comme l’ont fait mes pères avant moi. Mais sitôt que le labeur me laisse loisir, je m’en vais aux affleurements de pierre calcaire, tout près de la ferme, là où la terre offre ses entrailles grises et dures.
Je ne suis point maître en l’art des figures, nul sculpteur de saints ni d’anges ailés. Non, ce que je taille de mes mains calleuses, ce sont des potales, niches de pierre où logent les saints pour veiller sur le village et les chemins. Cela me soulage l’esprit et m’ôte les pensées noires que l’homme porte en son sein. Et puis, quand les gens m’en donnent quelques deniers, cela me suffit.
Quand vient l’hiver, que la terre dort sous le givre, je m’adonne à autre ouvrage : je façonne des flèches pour les archers du castel. Je choisis les fûts droits, taille les pointes, et fixe les plumes de dindon bien liées, afin qu’elles volent juste. Parfois, si Dieu le veut, je vais m’exercer avec les hommes d’armes dans le pré voisin, là où sifflent les traits et crient les corneilles.
Je suis, s’il est requis, tout disposé à soutenir les hommes d’armes et archers, pour défendre le noble sire de Spontin, que Dieu le garde, en cas d’invasion ou de guerre soudaine. Car si je suis homme de pierre et de terre, je suis aussi fils de cette seigneurie, et point ne détournerai le regard quand le péril frappera à nos portes.
Ainsi va ma vie, simple et pleine, rythmée par les saisons, le chant des coqs et le bruit du marteau sur la pierre.
Son expression favorite
« Sic his quos diligo » qui signifie « Ainsi je fais pour ceux que j’aime ».
Il s’agit d’une devise qui est en lien avec le pélican se trouvant d’ailleurs sur son carquois.
Victorin de la cense di l’Aîte
anime les ateliers
